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Portrait de: Mondomix
A l’heure où la xénophobie avance à visage découvert, louer les charmes des musiques tsiganes, du maloya ou du bikutsi est devenu une forme de contre-culture. Depuis douze ans, Mondomix mène ce nécessaire combat, devenu chaque année plus difficile.
L’aventure Mondomix a commencé en mars 1998, sur l’intuition que le futur de la musique allait se jouer sur internet et que ce qu’on appelait encore la « World Music » devait y trouver un terrain d’épanouissement naturel.
Très vite, cette intuition a trouvé une confirmation : en janvier 99, Mondomix réalisait un premier web-reportage en direct du festival « Femmes d’Algérie » au Cabaret Sauvage, à Paris. Pour la première fois, des femmes aux talents indéniables pouvaient s’exprimer chez nous. Parmi elles, Hasna El Bécharia et Souad Massi, deux artistes pour lesquelles nous avons servi de passeurs auprès de professionnels qui leur ont permis de démarrer une carrière internationale. Chaque jour, nous retranscrivions notre enthousiasme à l’aide de sons, de textes, de photos et de vidéos. Nos écrits étaient lus jusque de l’autre côté de la Méditerranée. Des emails sont arrivés nous remerciant de défendre des artistes qui, dans l’Algérie d’alors, étaient menacées par le terrorisme. 
(Reportage : Femmes d'Algérie, mondomix.com janvier 99) Nous avions donc une mission : explorer et expliquer le monde à travers ses sons, ses mélodies et ses rythmes. Comprendre comment l’identité poétique d’un peuple pouvait émouvoir, entrer en résonance et fertiliser l’imaginaire d’hommes et de femmes grandis dans une toute autre culture. Amplifier les murmures et les éclats émouvants de passeurs de frontières et témoigner de la richesse de traditions.
Semaine après semaine, au gré des rencontres, des festivals et des voyages, le site Mondomix.com est devenu une riche base de données ainsi que le premier magazine multimédia sur ces musiques qui croisent créations, traditions et métissages.
En 2003, nous avons décidé de prolonger ce travail en lançant un magazine gratuit. Tiré à 100 000 exemplaires, distribué dans toute la France, il est une formidable occasion de transmettre notre enthousiasme à un autre public.

(Photo : Ravi Shankar lit mondomix, 2003)
Nous avons également édité des ouvrages (Petit Atlas des Musiques du Monde, Petit Atlas des Musiques urbaines), produit des documentaires (Ici aussi c’est le monde, Jusqu’à Tombouctou...), une série de programmes courts sur TV5Monde, des DVD musicaux, des spectacles multimédia (Via Kaboul au Théâtre de l’Odéon, Desert Blues au musée du Quai Branly, Kirina Opéra Mandingue à l’Opéra de Nice).

(Photo : Via Kaboul, théâtre de l'Odéon, 2003) 
(Photo : Kirina Opéra Mandingue, Opéra de Nice, 2008)
Nous concevons désormais des expositions muséographiques interactives, comme « Les Musiques Noires Dans le Monde » que nous venons d’installer à Dakar à l’occasion du Festival Mondial des Arts Nègres et qui deviendra un musée à part entière à Bahia au Brésil.

(Exposition : Les Musiques Noires dans le monde à Dakar, 2010)
Parallèlement, nous avons développé avec notre studio multimédia des centaines de sites web culturels et nous avons appris à mieux maitriser les nouvelles technologies qui n’ont cessé d’éclore au cours des dix dernières années.
Enfin en 2008, ressentant la nécessité de se renforcer à plusieurs pour construire autour des Musiques du Monde une économie sociale et solidaire en Ile-de-France, nous avons mis en place avec la complicité de la Ville de Paris une grappe d’entreprises regroupées autour des questions de la musique, de l’innovation et de la diversité. Nous avons établi un groupement d’employeurs, une petite fabrique multimédia et des partenariats solides avec les acteurs du développement économique et de l’innovation dans la région.
Douze ans après nos premiers articles, le moment est peut-être venu de nous retourner sur notre aventure. Le monde a changé. Mais nous n’aurions jamais imaginé l’effet de certaines de ses mutations.
L’économie de la culture a été bouleversée par le passage au numérique. Les nouvelles technologies démocratisent l’accès aux connaissances mais, faute d’un modèle économique approprié, elles fragilisent de façon inquiétante les petites entreprises dont dépendent les artistes.
Au lieu de s’ouvrir, nous avons vu les frontières se fermer peu à peu. Les artistes d’Afrique, d’Amérique Latine ou d’Asie éprouvent chaque année des difficultés plus grandes pour venir à notre rencontre. Une nouvelle Souad Massi ou une nouvelle Hasna El Becharia obtiendrai obtiendraient-elles aujourd’hui le visa qui, jusqu’à présent, a permis à Paris de se présenter en « capitale des Musiques du Monde » ?
La mission de Mondomix est donc loin d’être achevée. Nous avons même le sentiment que tout reste à faire pour assurer une pérennité aux traditions d’ici et d’ailleurs, pour éclairer la route des artistes de demain, pour que l’exploration des cultures de l’autre ne reste pas une forme de contre-culture. Mais aujourd’hui nous sommes fragilisés par le ralentissement économique et plus que jamais nous avons besoin de votre soutien pour continuer cette mission d’ouverture et de connaissance vers les autres.
Benjamin MiNiMuM, François Mauger & Marc Benaïche
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